jeudi 23 septembre 2010

La lecture :un moyen efficient*de prendre conscience du monde des choses et des êtres qui nous entoure,des mondes anciens de toutes les époques** .



* efficient : qui produit un effet , qui est capable de créer une efficacité opérationnelle .
** de l' histoire de l'humanité depuis la Préhistoire .

" Nos connaissances sont les " germes " ([ la semence] , les sources, les point de départ, les fondements) , de nos productions " a dit* avec justesse Buffon, naturaliste et écrivain français, 1707-1788, intendant du jardin du roi [actuellement Muséum national d'histoire naturelle] ,dans son immortel Discours sur le style , discours prononcé à l'Académie française le jour de sa réception le 25 Août 1753 .

Voici le paragraphe dans son intégralité :

* " Pourquoi les ouvrages de la nature sont-ils si parfaits? C'est que chaque ouvrage est un tout, et qu'elle travaille sur un plan éternel dont elle ne s'écarte jamais; elle prépare en silence les germes de ses productions; elle ébauche par un acte unique la forme primitive de tout être vivant; elle la développe, elle la perfectionne par un mouvement continu et dans un temps prescrit. L'ouvrage étonne; mais c'est l'empreinte divine dont il porte les traits qui doit nous frapper. L'esprit humain ne peut rien créer; il ne produira qu'après avoir été fécondé par l'expérience et la méditation; ses connaissances sont les germes de ses productions: mais s'il imite la nature dans sa marche et dans son travail, s'il s'élève par la contemplation aux vérités les plus sublimes, s'il les réunit, s'il les enchaîne, s'il en forme un tout, un système par la réflexion, il établira sur des fondements inébranlables des monuments immortels. "

Le talent ne se crée pas . " Il se transfuse toujours par infusion ", ajoute non moins justement Gustave Flaubert, qui avait tout lu . Rousseau, avant d'écrire, avait lu et relu Montaigne et Plutarque . Bossuet possédait à fond la Bible et les pères de l'Église .

L'immense lecture de Montaigne dans ses "Essais " est proverbiale . Il écrivait et parlait le latin avant d'aborder le français . Chateaubriand avoue qu'il relisait sans cesse Bernardin de Saint-Pierre ...

Tous les grands écrivains proclament la nécessité de lire, et de bien lire . La lecture est la base de l'art d'écrire .

Sans doute on peut trouver des exceptions, des exemples de génie, un Georges Sand s'improvisant écrivain .

Profitable à tous les grands talents, dont elle a formé la personnalité vigoureuse, à plus forte raison, la lecture est-elle nécessaire à nous, les derniers venus et les ordinaires ; nous avons tant besoin de fortifier notre inspiration (souffle créateur qui anime les artistes, les chercheurs dans tous les domaines et les sciences en particulier) , d'aider notre culture, et d'étendre, d'alimenter, de transformer nos idées .

Pour nous tous, le champ de notre imagination est en friche
(se dit de ce qu'on laisse sans soin, inemployé, et spécialement d'un esprit dont on a négligé de développer les dons) ; il peut produire ; mais il faut qu'il soit labouré . C'est presque toujours après une lecture que se déclarent les vocations littéraires, parce que c'est par elle, " la lecture ", que notre esprit s'ouvre aux multiples ressources de l'art d'écrire . Elle nous les montre mises en pratique ; elle nous révèle les moyens d'exécution ; elle nous fait voir comment on traite une situation difficile, comment on met de l'émotion dans ses phrases, comment on varie ses expressions . Tour à tour passent devant nos yeux des scènes réussies, des descriptions fortes, des dialogues parfaits, les adresses de l'esprit, les procédés du style , les effets identiques obtenus par des arrangements différents, les exemples des styles les plus opposés, les infinies combinaisons d'une science appliquée par des tempéraments dissemblables . Les finesses de notre intelligence s'éveillent ; notre imagination est entretenue dans un état de verve (inspiration vive, fantaisie créative, manifester son esprit, être plus brillant qu'à l'ordinaire ) ; l'assimilation s'opère . C'est une longue création, une seconde nature qui nous vient, l'éclosion motivée et féconde de nos qualités natives (intrinsèques,naturelles, non acquises) .

On peut affirmer que l'homme qui ne lit pas est incapable de connaître ses forces, et ignorera toujours ce qu'il peut produire .

On ne saurait trop le répéter : il faut lire, toujours lire . Méfiez-vous de ceux qui disent : " Je ne veux rien connaître ; je ne veux rien lire : la nature me suffit " . ceux-là risquent de ne jamais rien produire de bon et de refaire sans cesse ce qui a été fait ; car on avouera au moins que la lecture nous met en garde contre les sujets et les procédés déjà exploités .

Vous voulez savoir si vous aurez du talent ? Lisez .
Les livres vous l'apprendront .

Vous écrivez, mais vous voilà arrêté ? Lisez . Les livres vous redonneront l'inspiration .

Lisez quand vous voudrez écrire ; lisez quand vous saurez écrire ; lisez quand vous ne pourrez plus écrire .

Le talent n'est qu'une assimilation .

Il faut lire ce que les autres ont écrit, afin d'écrire soi-même pour être lu .

La lecture dissipe la sécheresse, active les facultés, déchrysalide (chrysalide : nymphe, deuxième stade de la métamorphose des insectes lépidoptères , passage de la larve au papillon ; déchrysalide : image indiquant la sortie d'un état de latence,d'un état en germe vers un état accompli, opérationnel) l'intelligence et met en liberté l'imagination .

Je sais (je connais) des littérateurs de mérite qui ne se mettent jamais au travail sans avoir lu quelques pages d'un grand écrivain, moyen excellent pour retrouver l'inspiration .

La lecture est un grand secret . Elle apprend tout, depuis l'orthographe jusqu'aux constructions de phrases .

La lecture, c'est une façon de lire, de saisir et d'assimiler les connaissances, donc de connaître, c'est-à-dire de comprendre, en interprétant : au sens propre, un texte donné ; au figuré, le réel perçu .

(à suivre)

Fidèlement vôtre, Esiobreg .










mardi 14 septembre 2010

Nul,à aucun moment de sa vie,surtout dans sa jeunesse,ne peut parvenir à l'épanouissement *,au rayonnement **de sa personne,sans effort et sans peine.



* épanouissement : le fait de s'épanouir, se développer librement dans toutes ses possibilités .
**
rayonnement : action de rayonner, émettre une influence heureuse , éclat excitant, admiration, qui émane d'une personne .

Considération majeure devant être prise en compte avant de poursuivre votre cheminement
(avance lente et progressive) dans les pages de notre blog , qui est également le vôtre [vous pourrez faire des commentaires à la fin de chaque billet] .



Avant de commencer à aborder avec vous, jeunes lecteurs, notre
"aventure intellectuelle ", qui va nous entraîner, nous [ Esiobreg] également, sur des chemins parfois difficiles, contraignants, mais toujours passionnants et fructueux, nous devrions réfléchir au parcours de ces "Hommes de la Préhistoire " et à toutes les vicissitudes (choses bonnes et mauvaises, événements heureux et surtout malheureux, qui se succèdent dans la vie ), les infortunes (malheurs ) qui [ par rapport à toutes celles sans communes mesures, et que nous acceptons parfois avec difficultés et réticences ,(témoignages de réserve dans les comportements) ], ont été particulièrement dures dans un monde toujours impitoyable .




Depuis l'époque, les temps très anciens, où la vie apparut sur notre globe - dans un passé très éloigné, il y a environ un milliard et demie d'années - tout ce qui vit n'a jamais cessé d'évoluer (de progresser) . Et il serait illogique (déraisonnable, contradictoire par rapport aux faits, aux observations, aux expériences) de s'imaginer que la loi générale de l'évolution ne s'applique pas à l'homme ; au contraire, du point de vue biologique, son apparition par une autre voie que celle de l'évolution est absolument, scientifiquement, inconcevable .

Il doit son existence ( l'homme) à toute une longue série d'ancêtres ; si un seul maillon de cette chaîne avait manqué, l'homme ne serait pas ce qu'il est .

Nous savons à l'heure actuelle, avec une certitude fondée sur une riche moisson de preuves, que l'homme est le fruit d'une évolution qui se chiffre par des centaines de milliers de siècles et que son origine est liée au règne animal .

La voie lentement suivie par l'homme, lorsqu'il commença à se différencier (être caractérisé par telle ou telle différence) de ses lointains ancêtres animaux, fut infiniment longue et complexe . Ce fut un chemin de misère et de souffrance, d'endurance et d'opiniâtreté (d'une persévérance tenace dans ses résolutions, ses actes et ses comportements) , de défaites et de victoires .

Parfois il se perd, comme enfoui sous le sable . Nombre de ses tronçons (fractions de restes fossiles de divers gisements géographiques et temporels) suscitent jusqu'à présent maintes (de nombreuses) discussions scientifiques, alors que pour d'autres, tout doute a disparu .

Mais en tout état de cause, une chose est bien certaine :

Quiconque prendra connaissance de ce chemin, ne fût-ce que par une rapide esquisse ( première forme qui sert de guide...) , ne concevra aucune amertume (sentiment durable de tristesse mêlée de désillusion) de son humble origine .

Bien au contraire, il sera fier d'être de ceux
à qui rien n'a jamais été donné sans peine et, qui ont dû, dès leur premiers pas, conquérir tout par eux-mêmes, à force de ténacité, de réflexion et de travail .


A bientôt, sincèrement à vous, Esiobreg .

dimanche 12 septembre 2010

Apprendre à se cultiver* . Coup de chance heureux , privilège** ou nécessité *** ?



" La Culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié " [E. Herriot]

" Il ne faut pas confondre Culture et Savoir (...) et bien plus qu'en la connaissance, la Culture consiste peut-être en certaine disposition à la connaissance " [ J. Guéhenno]

Qu'est-ce qu'un esprit cultivé ?

C'est celui qui a traversé un grand nombre d'apprentissage de la réflexion, et qui peut regarder d'un grand nombre de points de vue " .


* se cultiver : s'instruire, consacrer son temps à se construire, s'épanouir ; s'enrichir, former son esprit, son intelligence . S'intéresser à quelque chose en y consacrant son temps, ses soins ; former une faculté par l'éducation, enfin modeler, façonner, discipliner son esprit .
** privilège : avantage que confère, donne, quelque chose .
*** nécessité : bien dont on ne peut se passer ; dont l'existence, la possession, la présence est requise pour répondre au discernement (capacité de l'esprit à juger clairement et sainement des
personnes et des choses) de quelqu'un .

La Culture ! N'est-ce pas un des " biens " parmi les plus précieux (??) que vous pouvez acquérir par vous-même ?

Le but de la culture, c'est la pleine réalisation de toutes les virtualités (virtuel : qui est à l'état de simple possibilité ; qui a en soi toutes les conditions essentielles à sa réalisation) , les potentialités (les possibilités ) humaines .

La culture : caractère ou qualité d'une personne cultivée, c'est-à-dire chez qui l'étude et la réflexion ont développé les capacités intellectuelles, soit en général [culture générale] , soit dans un domaine particulier [ culture littéraire, mathématique, philosophique ... ] .

" Quand on m'annonce une Bibliothèque de Culture générale, je cours aux volumes, croyant bien y trouver de beaux textes, de précieuses traductions, tout le trésor des Poètes, des Politiques, des Moralistes, des Penseurs . Mais point du tout : ce sont des hommes forts instruits, et vraisemblablement cultivés, qui me font part de leur culture .


Or la culture ne se transmet point , elle se conquiert .

Être cultivé c'est, en chaque ordre, remonter à la source et boire dans le creux de sa main, et non dans une coupe empruntée ."

Alain,
Propos sur l'éducation .


" Instruction :
des pierres dans un sac

" Culture : une graine dans un pot

" Si grand le sac et nombreuses les pierres, rien n'y pousse .

" Si modeste la graine et si petit le pot, cela germe, croît et fleurit .

Et c'est parce que les esprits sont des sacs ou des pots, qu'il arrive qu'on rencontre plus de culture chez un cordonnier de village que sous la toque d'un professeur de Sorbonne . "

Chapelan
Maurice, 1906-1992 .




" Un bon esprit cultivé est, pour ainsi dire, composé de tous les esprits des siècles précédents "

Fontenelle,
Philosophe et poète français, 1657-1757, neveu de Corneille . Il publia les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686),élégant ouvrage de vulgarisation scientifique . Élu à l'Académie française (1691), puis à l'Académie des sciences (1697) il perpétua ( perpétuer : faire durer toujours ou longtemps) dans ses Éloges des académiciens et ses Préfaces, rédigés en un style d'une élégante clarté, cette alliance de la science et de la littérature qui lui assura une audience considérable :

" L'ignorant l'entendit, le savant l'admira " [Voltaire] .

Professant avec hardiesse sa foi dans le progrès, Fontenelle apparaît bien comme un précurseur des philosophes du XVIIIe siècle .


" Il y a pas d'hommes cultivés, il n'y a que des hommes qui se cultivent . "


Cette remarque plus que réaliste, fameuse et étonnante formule, est d'un maréchal de France et académicien : Ferdinand Foch . Anathématisée (condamnée avec force) par les uns comme un jeu d'esthètes (esthète, celui qui sent, qui goûte la beauté de l'art ; esthétique : science du beau dans la nature et dans l'art ; conception particulière de la beauté) , révérée (révérer : porter un grand respect ; considérée) par les autres comme l'expression la plus haute dans l'échelle des valeurs du génie humain, la culture a ceci d'exceptionnel qu'elle est l'apanage (ce qui est propre, ce qui est inhérent, essentiel à la nature de quelqu'un ou de quelque chose) de tous et que plus on lui emprunte (on lui prend un tour, une astuce, une tournure,une idée, un concept, une conception, une opinion même , dont on peut tirer un parti original) et plus elle s'enrichit .
A la différence de la science, elle n'abandonne rien, ne renie ( renier :renoncer à ce à quoi on aurait dû rester fidèle) rien, et

~la sève de ses plus anciens rameaux continue toujours à nourrir ses jeunes pousses ~.

Nous pouvons nous rendre compte qu'il est tout à la fois facile et plaisant d'enrichir son langage parlé et écrit .
Sous ce rapport (ce point de vue) , le livre demeure un moyen essentiel de se cultiver puisqu'il permet à distance, dans le temps ou dans l'espace, de savoir ce qu'on pensé, cru (croire) , ressenti (ressentir : éprouver, apprécier l'effet de ... ) nos semblables et de réfléchir, de juger, de vibrer à l'unisson ( ensemble) . La multiplication des moyens d'information et de transmission met à la portée de tous les grandes œuvres littéraires comme les textes les plus triviaux ( pluriel de trivial :commun, ordinaire) , le vocabulaire le plus élaboré ( préparé mûrement par un long travail de l'esprit) et la langue la plus châtiée (dont le style de langage est rendu plus correct, plus pur) .

Quel tri opérer dans tout ce qui nous est offert ?

Comment aborder le domaine linguistique, choisir ses lectures, prononcer tel mot savant, connaître le sens de telle locution (groupe de mots fixé par la tradition ou ayant la même fonction qu'un mot) latine ? Tout cela peut s'acquérir durablement par une démarche qui contient sa fin en soi (résultat cherché pour lui-même) :

Se cultiver en se divertissant, se divertir en se cultivant .

à suivre ...

Sympathiquement et attentivement vôtre .

Esiobreg : La petite futée du désert ,votre collaboratrice .

(futée : qui est pleine de finesse, d'esprit critique, d'acuité [lucidité, clairvoyance, perspicacité, sagacité] ; qui sait déjouer les pièges de notre langue et des informations qui nous parviennent de toute part) .

mercredi 8 septembre 2010

Avoir ou Etre : est-il vraiment nécessaire et utile de choisir ? Voici posée une question plus que pertinente, appropriée... !

" Beaucoup de jeunes observent* ou ressentent** vaguement que la boulimie*** de l' ~avoir plus ~ étouffe chaque jour le souci**** d' ~être plus ~ " .

Robert Debré, médecin français, 1882-1978 ; ses travaux concernent , entre autres, les maladies infectieuses de l'enfant . Il fut à l'origine de la création de l' UNICEF ; membre de l'Académie des Sciences en 1961 . Son livre : Ce que je crois , est admirable .

La société de consommation qui entraîne, qui encourage les citoyens à posséder toujours plus, davantage, le réalise au détriment de l'individualité, du "Moi " véritable des gens, qui est oublié, camouflé par les nombreuses acquisitions inutiles .

L'essentiel est étouffé par le superflu .

* observent: car ils sont lucides, perspicaces en leur fort intérieur, leur conscience ;
** ressentent : devraient apprendre à ressentir ;
*** boulimie : l'avidité, ce désir insatiable de toute chose ; la convoitise, l'impatience ;
**** le souci : l'intéressement à ... ; parfois jusqu'à l'obsession [ce qui s'impose à l'esprit] , qui accapare tout le champ de la pensée ; la grande attention que l'on porte à faire quelque chose et la préoccupation d'agir dans le sens nécessaire ...

Ceci, cette réflexion, n'était qu'un simple rappel ,car je sais que vous êtes, malgré votre jeunesse , conscients de ce type d' impératif de l'existence, en notre monde !

Sincèrement vôtre, Esiobreg , la petite sœur de Gerboise .

P.S. :Vous pouvez aller voir le site de cette dernière en cliquant sur son image située au-dessus de celle d'Esiobreg, tout en haut à gauche de ce billet .

samedi 4 septembre 2010

Ecrire, dire ce qui nous vient à l'esprit est une véritable gageure*, un challenge**, un réel défi***.

* gageure : action, projet, opinion si étrange, si difficile, qu'on dirait un pari à tenir, un défi à relever .

** challenge : entreprise difficile dans laquelle on se lance pour gagner comme par défi .

*** défi : refus de s'incliner, d'abandonner, de remettre à plus tard ce qui doit être réalisé sur le champs ; incitation à participer à une entreprise jugée difficile .

" Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure .
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément . "

Boileau, L'Art poétique, 1674 .

jeudi 2 septembre 2010

Ecrire ! Pourquoi ? Analyse à l'aide d'une "Grille " de quatre raisons , parmi d'autres, de rédiger un texte .

( Vous pouvez réaliser un clic gauche sur l'image pour l'agrandir, puis reculer d'une page pour poursuivre votre lecture) .

Cette œuvre de Abraham Bosse, le Maître d'escole [1638] , montre des élèves faisant l'apprentissage de la lecture et de l'écriture : le maître, un faisceau de verges (menues branches d'osier, de bouleau, avec lesquelles on fouette) à la main, fait réciter une leçon à un élève à moins, si l'on en juge à la mine défaite de ce dernier, qu'il ne le tance (réprimande, gronde) en raison d'un mauvais devoir . Deux autres élèves, le cahier à la main, attendent leur tour . Debout devant une table faite d'une simple planche posée sur des tréteaux, d'autres enfants apprennent leur leçon ou s'exercent à écrire . La classe accueille aussi des petites filles, mais on voit bien qu'elles ne font que jouer . L'estampe représente une de ces petites écoles parisiennes qui en principe relèvent de l'autorité du chantre ( celui qui fait la profession de chanter l'office dans une église) de Notre-Dame de Paris .

Aujourd'hui, ce billet s'adresse à l'ensemble des parents et des enfants .


La "Grille "(matrice 4x4, tableau servant à combiner des éléments : à quatre lignes et quatre colonnes), un outil efficient (qui est capable de produire un effet) d'aide à la Réflexion.


Au stade actuel de notre Blog,nous allons vous présenter un "Outil" très utile pour nous aider à réfléchir sur l'influence des éléments " qualifiés de Facteurs )" ( facteur : ne se dit que d'un élément qui concourt, qui contribue seul ou avec d'autres à produire un effet, un résultat. Ce résultat est dit fonction de cet élément. "N'oublions jamais que l'obscurité d'un texte est le produit de deux facteurs : la chose lue et l'être [la personne] qui lit. Il est rare que ce dernier s'accuse lui-même.[Paul Valéry] ) qui jouent un rôle plus ou moins important dans les interactions (actions réciproques de plusieurs éléments les uns sur les autres) et l'évolution d'un "système" c'est-à-dire un contexte interactif (qui permet d'intervenir) .



Ces éléments,selon les conditions (temps,durée,espace, propriétés,matière,présence humaine ou matérielle,comportements , etc...) agissent avec plus ou moins d'importance (qui a beaucoup d'intérêt, de grandes conséquences ) ou sont pratiquement sans influence (action sur le contexte) et parfois systématiquement absents.

Cet outil (ce qui permet de faire [un travail], ce livre est un outil indispensable ) que nous avons nommé : La "GRILLE",( grille,matrice 4x4 , tableau présentant une organisation, une répartition chiffrée ; cette organisation ; tableau de nombres ou d'éléments dotés de certaines propriétés définies a priori, c'est-à-dire antérieurement à toute expérience, à toute utilisation ) mais que l'on aurait également pu appeler également schéma,diagramme (représentation graphique), est très important, même irremplaçable pour atteindre notre but : permettre des combinaisons entre, ici, quatre éléments, les facteurs .

Cette grille est indispensable pour "analyser "( analyser : examiner,considérer avec attention) d'une manière systématique des situations complexes et/ou compliquées (compliqué et complexe, évoquent un enchevêtrement que l'on peut démêler plus ou moins aisément. Ce qui est complexe est constitué d'une série d'éléments différents. Ce qui est compliqué est difficile à comprendre du fait de l'agencement des éléments ) non évidentes à comprendre dès le premier "regard",au premier examen,et surtout pour analyser toutes leurs combinaisons. Ces grilles permettent de "sérier" ( sérier : classer des questions selon leur nature ou leur importance,pour les examiner et les régler les unes après les autres ) systématiquement toutes leurs combinaisons et rapidement les conséquences de chacun des facteurs qui interviennent. Surtout elle est une aide efficace et précieuse pour comparer des contextes "symétriques" ( symétrique : se dit de deux choses semblables et opposées ) c'est-à-dire des situations où les facteurs présents dans l'un des domaines sont absents dans l'autre et vice-versa (réciproquement) . Les exemples qui vont suivre,permettront de mieux comprendre et d'apprécier ce "système d'analyse" que vous devrez maîtriser pour bénéficier des conseils présents dans les divers contextes de ce blog.



La Grille présentée ci-dessus est constituée de :

4 lignes horizontales numérotées 1,2,3,4 et de

4 colonnes verticales numérotées A,B,C,D .

Cette grille constitue avec ses 16 domaines (cases) un instrument très efficace pour matérialiser toutes les combinaisons possibles de 4 facteurs de quelque nature qu'ils soient ,dont on désire étudier toutes les combinaisons ( les associations) en vue de considérer (de prendre en compte) l'influence de leur présence et/ou de leur absence.

Le premier facteur,nommé ici "W" présent dans les 8 cases des deux colonnes verticales A et B .
Le deuxième facteur,nommé ici "X " présent dans les 8 cases des deux lignes horizontales 1 et2 .
Le troisième facteur,nommé ici "Y" présent dans les 8 cases des deux colonnes centrales verticales B et C .
Enfin ,le quatrième facteur,nommé ici "Z" présent dans les 8 cases des deux lignes centrales 2 et 3 .

Ce système de grille fait que les 4 facteurs ne sont pas systématiquement présents dans chacune de ces 16 cases. On observe cinq possibilités :

Première possibilité : Les 4 facteurs sont tous présents ensembles, dans une seule case B 2 de couleur jaune.

Observez les ensembles W,puis X,puis Y, puis Z ; la case B 2 se situe à l'intersection de ces 4 domaines.

Deuxième possibilité : Dans les quatre cases de couleur rose B1,A2,C2,et B3, seuls 3 facteurs sont présents sur les quatre :

En B1,il manque le facteur Z;
En A2,il manque le facteur Y;
En C2,il manque le facteur W;
En B3,il manque le facteur X.

Troisième possibilité :Dans les six cases de couleur bleue A1,C1,D2,A3,C3, et B4 , seuls 2 facteurs sont présents sur les quatre :

En A1,il manque les facteurs Y et Z;
En C1,il manque les facteurs W et Z;
En D2,il manque les facteurs W et Y;
En A3, il manque les facteurs X et Y;
En C3,il manque les facteurs W et X;
En B4,il manque les facteurs X et Z;

Quatrième possibilité : Dans les 4 cases de couleur brunes D1,D3,A4 et C4 , seul un facteur est présent sur les quatre :

En D1,il manque les facteurs W,Y et Z;
En D3,il manque les facteurs W,X et Y;
En A4,il manque les facteurs X, Y et Z;
En C4,il manque les facteurs W,X et Z.

Cinquième possibilité :Dans cette case unique de couleur grise D4 ,aucun facteur n'est présent sur les quatre.

C'est le Néant.

Dans cette Grille nous pouvons recenser :

-a) 16 domaines :

Présence de 4 facteurs en B2, (case jaune)
Présence de 3 facteurs en B1,A2,C2 et B3, (cases roses)
Présence de 2 facteurs en A1,C1,D2,A3,C3 et B4 (cases bleues)
Présence d'un facteur en D1,D3,A4 et C4 (cases brunes)
Absence des 4 facteurs en D4 (case grise)

-b) Parmi ces 16 domaines , six sont opposés deux à deux :

Le domaine A1 est opposé à C3 ,c'est-à-dire que les deux facteurs présents en A1 sont absents en C3,et les deux absents en A1,sont présents en C3 .

Le domaine A3 est opposé à C1 ,c'est-à-dire que les deux facteurs présents en A3 sont absents en C1,et les deux absents en A3,sont présents en C1 .

Le domaine B4 est opposé à D2,c'est-à-dire que les deux facteurs présents en B4 sont absents en D2, et les deux absents "en B4, sont présents en D2 .

-c) Enfin,parmi ces 16 domaines, huit sont opposés un à un :


Le domaine A4 est opposé à C2,c'est-à-dire que les trois facteurs absents en A4 sont présents en C2,et le facteur présent en A4, est absent en C2 .

Le domaine A2 est opposé à C4,c'est-à-dire que les trois facteurs présents en A2 sont absents en C4,et le facteur absent en A2,est présent en C4 .

Le domaine B1 est opposé à D3,c'est-à-dire que les trois facteurs présents en B1 sont absents en D3, et le facteur absent en B1,est présent en D3.

Le domaine B3 est opposé à D1,c'est-à-dire que les trois facteurs présents en B3 sont absents en D1,et le facteur présent en D1 est absent en B3 .

Nous montrerons l'intérêt d'utiliser cette Grille, dès ce premier billet ci-dessous, avec une application pratique qui concernera la présence dans les 16 domaines de quatre raisons d'écrire provoquées par leur présence ou leur absence .

-W : La raison, dans ces 8 cases est de : Créer (établir) des liens [ lien,ce qui unit, relie, deux ou plusieurs interlocuteurs ] avec des futurs lecteurs .

-X : La raison, dans ces 8 cases est de : vouloir être lu [ désirer pour une raison ou une autre que des lecteurs prennent connaissance de vos écrits .

-Y : La raison, dans ces 8 cases est d' : influencer [agir sur l'esprit et la volonté d'une personne, assez fortement et souvent à dessein (dans le but), pour la convaincre et la persuader] , orienter les idées, l'interprétation des faits etc.

-Z : La raison, dans ces 8 cases est de : donner son point de vue [ aspect sous lequel on peut considérer quelque chose : des faits, des phénomènes, des personnes, des objets, des idées ...

Nous analyserons par la suite, à l'aide de ce type d'outil : la "Grille", de très nombreux contextes dans lesquels interviennent également plusieurs facteurs .


Vous devrez connaître toutes les subtilités (habiletés à percevoir des nuances ou à trouver des moyens ingénieux) de cette grille, car elle nous servira très souvent dans nos réflexions et nos analyses pour juger de l'influence des différents facteurs qui interviennent ou non dans un contexte précis .

Voici la Grille qui va nous permettre d'analyser les 16 combinaisons des quatre raisons d'Écrire choisies parmi les plus importantes.



Examinez chacune des 16 cases et réfléchissez aux conséquences de la présence et/ou de l'absence d'une ou de plusieurs raisons de " prendre la plume " ou " de se servir du clavier d'un ordinateur " ; donc de réaliser matériellement l'acte d'écrire .

Puis posez-vous cette question pertinente : Y a-t-il d'autres raisons d'écrire que celles prises en considération dans cette grille ?

Nous répondrons à cette question ; puis nous commenterons les effets et les conséquences des éléments de chaque case : des 16 contextes de cette grille . Tous les termes ( les mots et expressions utilisées) seront expliqués en fonction de chaque contexte pour ne laisser subsister aucune ambiguïté dans l'esprit ( l'entendement) de vous, jeunes lecteurs .

Gerboise et Esiobreg ont construit ces deux sites sur la " Toile " ( l'Internet) uniquement pour vous apporter leur expérience, toutes leurs connaissances , leur éthique (façon de considérer le monde des sciences, des connaissances au sens large, des êtres vivants et des êtres humains en particulier) et tout leur savoir-être et leur savoir-faire .

Vous pouvez rédiger et enregistrer (vous, enfants ou parents) à la fin de ce texte un ou plusieurs commentaires concernant le contenu de ce billet ou toute autre interrogation qui vous tiendrait à cœur ( se dit d'une chose qui a une grande importance pour vous ) .

Nous vous présenterons une réponse appropriée (adaptée à votre demande) dans le billet suivant .

Sympathiquement et attentivement vôtre .

Esiobreg : La petite futée du désert à votre service !

( futée : qui est pleine de finesse, d'esprit critique, qui sait déjouer les pièges de notre langue et des informations qui nous parviennent de toute part)
.

lundi 16 août 2010

Significations des mots, observation et description des choses matérielles et des êtres vivants en relation avec notre personnalité .





Dans le précédent et premier billet de ce nouveau blog Esiobreg , nous avons présenté l'Homme qui , parmi les premiers Éditeurs d'ouvrages de pédagogie destinés à l'enfance, a joué un rôle considérable : il s'agit , nous l'avons vu, de P.-J. Hetzel .

Dans ce deuxième billet , suite d'un avant propos commencé le 24 Juillet 2010 , nous allons présenter un texte qui nous permettra de faire comprendre la place , la nature et le rôle de l'enfant, mais également celui de l'éducateur et des parents dans la formation de celui qui, sera plus tard, un adulte opérationnel (propre à atteindre un résultat ; qui est adapté à la société dans laquelle il devra évoluer) ou non . Il s'agit d'un extrait du livre publié en 1909 par l'éditeur Ernest Flammarion dans sa Bibliothèque de Philosophie Scientifique : Les idées modernes sur les enfants dont l'auteur est Alfred BINET [ physiologiste et psychologue français, 1857-1911, élève de Jean Martin Charcot Professeur à l'hôpital de la Salpêtrière, 1825-1936] , à l'époque directeur de laboratoire des Hautes Études à la Sorbonne, à Paris .
Voici une partie de ce texte réaliste ...... et rempli de vérités ; débordant de constatations très instructives concernant le caractère spécifique des enfants révélé par leur façon de s'exprimer par écrit.

" Quelques portraits intellectuels "

" ... Nous avons montré, dans la section précédente, qu'il existe plusieurs méthodes de travail, qui sont très différentes . Ce n'est pas la seule manifestation dans laquelle les esprits expriment leurs différences ; les différences de mentalité se traduisent aussi par leur différence de contenu .On s'en aperçoit si l'on fait faire à des enfants ces sortes de devoirs où ils sont obligés de donner un peu d'eux-mêmes,

au lieu de reproduire simplement, en échos fidèles, la substance de ce que l'on leur a appris .

La rédaction (mais surtout la description d'objets,mais également des observations d'expériences, de phénomènes, ou d'êtres vivants) est certainement un des meilleurs moyens de connaître un fond d'esprit, à la condition, bien entendu, qu'on sache comment il faut la donner et comment il faut l'interpréter .

Je propose aux maîtres qui se plaisent à ces études de donner des sujets de rédactions ayant pour but le récit d'un événement réel, par exemple le compte rendu d'une promenade, d'un dîner, d'un voyage, d'une fête de famille ;on donnera aussi des rédactions ayant pour but de décrire un objet présent, un corps matériel, par exemple, une fleur, un porte-plume, un sou,"

[la description des étapes de la formation d'un glaçon dans le friseur d'un réfrigérateur et de ses aspects successifs, ce que nous vous proposerons de réaliser effectivement à la fin de ce billet]

" ou bien toute une scène, par exemple, une gravure intéressante et sans légende ."

Telle cette scène ci-dessous que Esiobreg vous propose





( vous pouvez agrandir l'image ci-dessus par un clic gauche ; puis revenir à la page précédente pour poursuivre votre lecture)

" On donnera aussi des rédactions destinées à surprendre le travail d'invention ; on fera imaginer une histoire une histoire autour d'un thème dicté, par exemple la mort d'un chien, et enfin on pourra terminer toute cette série d'épreuves en faisant développer une pensée morale, une règle de conduite, par exemple cette vérité abstraite : Pourquoi on ne doit pas se mettre en colère, ou bien un problème moral mis sous une forme d'anecdote : Un enfant a commis tel acte répréhensible . Si vous étiez son père que feriez-vous ?

Si on a la patience de dicter ces devoirs de rédaction à une trentaine d'enfants, et si on a surtout la patience d'analyser toutes les copies, on sera surpris de la variété qui s'y manifeste . Variété d'abord dans les écritures, puis dans la forme ; ici le développement a quatre lignes, là il couvre quatre pages . Le vocabulaire aussi est différent : ici ce sont surtout des substantifs ( tout nom qui désigne un être, une chose, une idée qui est l'objet de notre pensée ; le nom c'est la substance, donc la " substance moelle " de la phrase, si l'on reprend la célèbre expression de Rabelais : une formule que le père de Gargantua et de Pantagruel utilisa avec bonheur pour définir ce qu'il y a de plus riche en substance dans un écrit ...) ; ailleurs il y a plus d'adjectifs ou plus de verbes ; les mots d'une copie sont d'un style familier et grossier ; d'autres de race ( distinction ) plus noble , de sens plus abstrait .

Après le vocabulaire, la syntaxe ( arrangement des mots dans une proposition et des propositions dans la phrase selon les règles de la grammaire ; règles de l'arrangement des mots et de la construction des phrases ; " je crois que le premier peuple du monde est celui qui a la meilleure syntaxe. Il arrive souvent que des hommes s'entr'égorgent pour des mots qu'ils n'entendent {qu'ils ne comprennent } pas [ Anatole France] ) : certaines phrases sont courtes, réduites à des propositions simples, s'accrochant avec des conjonctions ou des locutions élémentaires, comme et, et puis, et après, et alors ; ailleurs apparaissent des car, des donc, des lorsque, des puisque qui montrent que les relations d'idées deviennent plus complexes . Et en même temps ce sont des propositions subordonnées qui s'ajoutent à la proposition principale qui la compliquent . Toute cette différenciation de grammaire et de vocabulaire est en relation étroite avec l'évolution mentale des enfants et on pourrait deviner leur âge par la syntaxe qu'ils emploient .

Mais, même entre les enfants d'âge égal, on trouve de ces différences, et elles sont dues aux causes les plus diverses : au degré d'intelligence de l'enfant, au milieu qu'il fréquente, et aussi au type mental qui est le sien .

Mais poussons plus loin notre analyse et, après avoir examiné ce qui constitue le contenant de la rédaction, voyons-en le contenu . Que de variétés encore ! Que de distinctions à faire ! C'est une occasion admirable pour acquérir le sentiment que chaque enfant possède déjà son individualité . En voici un qui, dans le récit d'une fête foraine, ne sait que faire l'énumération de tous les objets qu'il a vus ; il les note sans ordre, sans description aucune : " J'ai vu ceci, cela ... des chevaux, des voitures, des clowns, des animaux ..., " Un autre enfant se place à un point de vue bien différent : il raconte ce qu'il a fait ; il donne une série d'actions personnelles, en suivant à peu près l'ordre chronologique ; c'est toujours de lui qu'il parle (ainsi que Montaigne dans ses essais) ; il dit : " J'ai vu, je suis allé, j'ai mangé, j'ai bu, je suis monté sur les chevaux de bois ; après, j'ai fait ceci ... ; etc. " Il est comme le centre du monde . Un autre commence à décrire les objets extérieurs ; il est frappé de leurs couleurs et de leur formes ; il les peint, il les compare à d'autres, il a des métaphores qui prouvent avec quel intérêt il les a regardés : " Les chiens étaient de telle façon ; les perroquets avaient telle couleur " ; les comparaisons et les qualifications abondent .

Un autre fait de l'érudition : il coud à sa description des notions apprises en classe, il explique, il fait la leçon .
Un autre cherche un sens à la scène dont il a été le témoin, il fait effort pour deviner ce qui s'est passé dans l'âme des personnages, il dit pourquoi on est allé à tel endroit, ce qu'on y cherchait, ou bien il établit une relation, une logique entre les différents faits qu'il a perçus .
Un autre encore prend une attitude moins objective que les précédentes ; il juge, il apprécie, il donne son sentiment, il trouve la fête gaie, ou triste, ou bruyante ; il admire les chevaux et les voitures ; s'il s'agit d'une gravure, il déplore le malheur d'un personnage, il se montre pénétré d'émotion ; c'est charmant ; mais il faut un peu se méfier de la sincérité des rédactions ; ceux qui s'émeuvent le plus dans leurs rédactions ne sont pas toujours des enfants qui ont bon cœur ; déjà dès l'école on peut dire que " ce n'est là que de la littérature " .

Je ne puis actuellement traiter dans son ensemble ce vaste sujet de la classification des types mentaux . La question est encore trop neuve, trop peu étudiée ; mais je vais attacher un moment l'attention du lecteur sur deux types différents d'idéation qu'on rencontre constamment, si on prend la peine de les chercher, dans une classe d'enfants .

Je parlerai de ces deux types particuliers, parce que je crois les bien connaître ; mais il doit être bien entendu que ce ne sont point les seuls qui existent et qu'ils ne peuvent pas servir de base à une classification générale .

Ces deux types peuvent être désignés de noms divers, qui ne sont jamais complètement exacts ; on peut appeler l'un l'objectif, et l'autre le subjectif, mais ces expressions sont un peu vagues .

Le premier mérite aussi le nom d'observateur, et le second celui d'interprétateur ou d'imaginatif .

On peut dire aussi du premier qu'il est réaliste, positif, et du second qu'il est rêveur, contemplatif .

Toutes ces différences se ramènent à une distinction fondamentale dont il faut bien prendre conscience .

Nous nous trouvons, par notre nature même, en quelque sorte à califourchon (expression imagée :être situé entre deux domaines ; à cheval, en étant assis, comme sur une monture , les jambes de part et d'autre de la selle ) entre deux mondes : le monde extérieur, composé d'objets matériels et d'événements physiques, et le monde intérieur, composé de pensées et de sentiments .

Suivant les moments et les besoins, nous faisons d'une manière plus exclusive de l'introspection ( application réfléchie de la conscience à elle-même pour observer ses états et ses actes) ou de l'extrospection ( caractérise les procédés d'observation psychologique objectifs qui ne font pas appel à la conscience mais aux sens) .

Tantôt nous avons besoin de savoir ce qui ce produit autour de nous, tantôt nous cherchons à nous replier sur nous-mêmes pour réfléchir .

Regardez attentivement comment vit un individu, vous le verrez passer de temps en temps de l'attitude d'observateur extérieur à celle de songeur .

Mais nous n'avons pas tous les mêmes habitudes, les mêmes goûts, ni surtout le même tempérament .

Certains d'entre nous sont plutôt portés vers le monde extérieur, d'autres vers le monde interne . C'est ce qui constitue, dans les sciences par exemple, les deux grandes familles d'observateurs et de théoriciens ; ce sont deux grandes familles ennemies, qui ne savent jamais se rendre justice l'une à l'autre ; pour les théoriciens, l'observateur exclusif se dépense à recueillir des faits exacts, mais sans intérêt, ce qui est en partie vrai ; pour les observateurs, les théoriciens perdent leur temps à inventer des interprétations intéressantes, mais inexactes, et cela aussi est en partie vrai .

Il est évident que ces deux tendances d'esprit sont incomplètes,fragmentaires ; il faudrait, non pas seulement les faire coexister et être à la fois observateur et interprétateur , mais encore les souder, être interprétateur de ce qu'on a observé, ou observateur dans le sens de ce qu'on interprète .

Pour prendre une image matérielle, l'idéal d'un savant complet n'est point d'avoir à la fois une vis et un écrou, mais un écrou adapté à la vis .

Il n'est pas difficile de démêler chez de jeunes enfants des dispositions naissantes vers l'observation externe ou vers l'introspection ; mais ce ne sont point là des analyses qu'on fait commodément dans les écoles ; les écoliers nous y sont trop peu, trop mal connu individuellement ; on ne fait sur eux que des constatations bien superficielles . Il faut avoir fait ailleurs la psychologie des types intellectuels pour être en mesure de la retrouver chez les écoliers . Le hasard a voulu que dans ma propre famille, il y a quelques années, j'ai trouvé deux fillettes qui présentaient, dans une opposition intéressante , le type de l'observation et celui de l'interprétation . Ces deux fillettes étaient presque du même âge, elles avaient onze ans et douze ans et demi à cette époque, elles recevaient intégralement l'instruction dans leur famille, et elles étaient ainsi soumises à des influences extérieures qui étaient aussi pareilles qu'on puisse le souhaiter ; par conséquent, les différences mentales qui les séparaient étaient bien dues à leur nature propre . J'ajouterai que j'ai pu les étudier pendant plusieurs années, tous les jours, faire avec elles un nombre immense d'expériences, qui étaient contrôlées par des observations directes de leurs parents et de moi-même ; et c'est là que pour la première fois je me suis convaincu que la méthode des tests, pour analyser les esprits, est une méthode remarquable ; il est vrai que j'ai pu l'employer à fond et que je ne me suis jamais contenté d'une réponse douteuse ou d'un résultat équivoque .

C'est d'abord dans les descriptions d'objets que Marguerite, l'aînée des deux fillettes, atteste sa tournure observatrice . On prie les deux sœurs de décrire - on n'emploie pas d'autres expressions - un petit objet qu'on leur montre ; on ajoute que la description doit être faite par écrit, et constamment on obtient de Marguerite une description du genre suivant :

Description d'une feuille de marronnier par Marguerite ( Durée : 11 minutes 15 secondes) .

~ La feuille que j'ai sous les yeux est une feuille de marronnier cueillie en automne, car les folioles sont presque toutes jaunes, à l'exception de deux, et une est à moitié vert et jaune . ~Cette feuille est une feuille composée de sept folioles se rattachant à un centre qui se termine par la tige nommée pétiole, qui supporte la feuille sur l'arbre . ~Les folioles ne sont pas toutes de la même grandeur ; sur sept, quatre sont beaucoup plus petites que les trois autres . ~Le marronnier est un dicotylédone, l'on peut s'en apercevoir en regardant la feuille, elle a des nervures ramifiées . ~En plusieurs endroits, la feuille est tachée de points de couleur rouille, une de ces folioles a un trou . ~Je ne sais plus que dire de cette feuille de marronnier . ~

Description exacte, méticuleuse, sèche, abondante, avec des traces d'érudition .

Voici la description d'Armande, la cadette, faite le même jour et avec la même feuille :

Description d'une feuille de marronnier par Armande ( Durée : 8 minutes) .

~C'est une feuille de marronnier qui vient de tomber languissamment sous le vent de l'automne . ~La feuille est jaune, mais encore raide et droite, peut-être reste-t-il un peu de vigueur de cette mourante ! ~Quelques traces de sa couleur verte d'autrefois sont encore empreintes sur les feuilles, mais le jaune domine : une bordure brune et rougeâtre en orne le contour . ~Les sept feuilles sont toutes fort belles encore, la tige verdâtre ne s'en est point détachée . ~Pauvre feuille, maintenant destinée à voler sur les chemins puis à pourrir, entassée sur bien d'autres . Elle est morte aujourd'hui ... et elle vivait hier ! Hier, suspendue à la branche, elle attendait le coup fatal qui devait l'enlever ; comme une personne mourante qui attend son dernier supplice . ~Ma feuille ne sentait pas son danger, et elle est tombée doucement sur le sol . ~

Armande, la sœur cadette, a écrit plus rapidement que sa sœur, elle a été moins inspirée par l'objet ; elle donne moins de détails matériels que Marguerite, et les détails qu'elle note sont subordonnés à une impression générale d'émotion, produite par l'idée que la feuille d'automne va mourir .

Des dizaines de descriptions d'objets, faites par les deux sœurs, ont toujours montré la même différence : du détail, de la précision, de l'observation chez Marguerite ; vague et poésie chez Armande . Inutile d'ajouter - et nous le disons une fois pour toute - que chacune des fillettes ignrait la rédaction de sa sœur ; elles avaient promis de n'en pas parler entre elles, et je sais qu'on peut se fier complétement à leur parole .

La description d'un objet absent donne lieu aux mêmes différences de description . A cette époque, nous habitions Meudon (Sud-Ouest de Paris, à 35 minutes de la Tour Eiffel) ; et, près de chez nous,il existait une belle maison, toujours inhabitée, et que nous avions souvent visitée . Je demande aux enfants de la décrire .

La narration de Marguerite commence ainsi :

" La maison Lar...

" L'autre jour, je me promenais dans la rue du Départ, lorsqu'une grande affiche accrochée à la grille d'un jardin attira mon attention . Il y avait peu de temps que je connaissait Meudon, et c'était la première fois que je remarquais cet écriteau ; je m'approchai donc, et je vis écrit : Grande maison à vendre ou à louer ; s'adresser : 1° à M.P....,notaire à Meudon ; 2° à M.M...., 23,rue de Rennes, Paris . -
C'était un peu loin, et, comme je suis curieuse, je me dis : si je sonne ici on sera bien forcé d'ouvrir, et si le concierge est accommodant, j'entrerai !
" Je sonne donc,et, au bout d'un petit instant, la porte s'ouvre, quoiqu'il n'y eût personne, on l'ouvrait de la cuisine [ainsi que je le sus plus tard] . J'entrai dans une belle allée, pleine de gravier, bordée d'arbres assez touffus, et de petites roches où croissent des genêts . De chaque côté de la porte, sur une petite hauteur, se trouvaient deux terrasses, la belle allée était au milieu dans une sorte de bas-fond, elle était très droite ; au bout, on voyait un grand et large escalier, et au-dessus une marquise, là encore une sorte de terrasse où donnaient des fenêtres ; c'était la maison... A peine étais-je entrée qu'un petit chien noir arriva en aboyant, d'une voix d'un timbre très clair ; au même instant, un jardinier aux cheveux gris vint auprès de moi, je lui exposai le but de ma visite, il consentit à me faire visiter sa maison . Nous commençâmes par le jardin, il était beau, deux belles pelouses ... etc. " ( l'orthographe du texte est celui transcrit par Binet)

La rédaction se poursuit longuement, avec une exactitude surprenante de description ; elle ne contient que la très légère fiction d'une visite . Aucun détail n'est inventé .

Voici la rédaction d'Armande :

" La maison déserte .

" Imaginez-vous une grande et superbe maison inhabitée que le passant admire lorsqu'il l'aperçoit au fond d'une allée de massifs embaumés . Le jardin est grand et désert ; lorsque le vieux Janvier vient y faire son tour, il n'y trouve jamais que les arbres couverts de neige éblouissante, que les chemins couverts d'hermine blanche ; c'est triste, c'est lugubre ; tout au fond de ce jardin solitaire tremblent les restes d'un vieux portique, sur lequel les corbeaux viennent sinistrement croasser lorsqu'ils n'ont plus rien à faire . C'est mortel de vivre dans cette maison aux fenêtres closes, aux rideaux tirés ; les vieux pianos dorment dans les salons, reposant leur cordes anciennes, les fenêtres ne s'ouvrent plus, tout est usé, rouillé par le temps et surtout l'inaction ; tout respire une odeur âcre de la pièce qu'on n'aère pas . Les vieux fauteuils se regardent tristement comme de vieux camarades habitués à vivre ensemble, ils se regardent de leurs dorures éteintes, et les grandes statues se plaignent amèrement de leur solitude ; il fait froid au dehors, et on ne chauffe pas la maison, qui tremble de douleur ; les chaises s'approchent inutilement de la cheminée jadis flamboyante !
Mais lorsque le printemps vient rayonner, et rendre la vie aux arbres, les lilas fleurissent comme l'aubépine, le soleil mûrit les fruits, les oiseaux gazouillent, la vie renait au sein du jardin qui soupire, avec le zéphyr qui caresse les têtes embaumées des lilas " .

C'est toujours la même différence . Ici, plus de concision, plus de vague, plus d'émotion, plus de poésie .
Si on fait faire aux deux sœurs par écrit le récit d'une promenade, Marguerite donne un récit copieux, bourré de détails exacts, bien observés, et sans grand commentaire . Au contraire, le compte rendu d'Armande reste bien plus incomplet, plus flou, plus émotif et plus interprété . Il nous paraît évident qu'Armande attache moins d'importance au monde extérieur qu'aux émotions qu'elle en tire .

J'ai cherché à multiplier les épreuves pour voir sous toutes leurs faces ces deux attitudes mentales si curieusement opposées [...] " ( à suivre ) .

Le commentaire de l'ensemble de ce texte de Binet sera réalisé dans le troisième avant-propos qui va suivre .

Fidèlement votre, avec tout notre dévouement, Esiobreg , petite sœur de Gerboise .